{"id":111767,"date":"2019-10-30T18:08:00","date_gmt":"2019-10-30T14:08:00","guid":{"rendered":"http:\/\/1905.az\/?p=111767"},"modified":"2019-10-30T18:24:51","modified_gmt":"2019-10-30T14:24:51","slug":"ecole-de-mugham-du-karabakh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/1905.az\/fr\/ecole-de-mugham-du-karabakh\/","title":{"rendered":"Ecole de Mugham du Karabakh"},"content":{"rendered":"<p><em>Le Mugham azerba\u00efdjanais a une valeur exceptionnelle, reconnu par l\u2019UNESCO parmi les chefs-d\u2019\u0153uvre culturel du patrimoine oral et immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9. En Azerba\u00efdjan m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 le mugham est consid\u00e9r\u00e9 comme partie int\u00e9grante et fondamentale des valeurs culturelles du peuple, cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 accueillie avec ferveur comme la reconnaissance des artistes interpr\u00e8tes de ce genre, et comme une volont\u00e9 d\u2019attirer l\u2019attention de la communaut\u00e9 culturelle mondiale sur ce patrimoine unique.<\/em><!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/1905.az\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/qarabah-muqam-mektebi.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"235\" class=\"alignnone size-full wp-image-111723\" srcset=\"https:\/\/1905.az\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/qarabah-muqam-mektebi.jpg 350w, https:\/\/1905.az\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/qarabah-muqam-mektebi-300x201.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Se d\u00e9veloppant au fil des si\u00e8cles, le mugham a atteint son apog\u00e9e durant la p\u00e9riode nomm\u00e9e par les sp\u00e9cialistes de \u2018la Renaissance d\u2019Orient\u2019. A cette \u00e9poque, l\u2019h\u00e9ritage de la culture azerba\u00efdjanaise s\u2019inspire de la civilisation gr\u00e9co-romaine, de la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019architecture, donnant lieu \u00e0 des chefs-d\u2019\u0153uvre de la culture mondiale. Cependant, malgr\u00e9 les si\u00e8cles d\u2019\u00e9volution, l\u2019essence du mugham, ni m\u00eame sa signification, n\u2019a chang\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si bien qu\u2019\u00e0 ce jour, le mugham est toujours une musique \u00e0 part, \u00e0 la fois h\u00e9ritage du pass\u00e9, et exploration des limites de la modernit\u00e9 artistique. Des exigences strictes canoniques doit s\u2019affranchir de fa\u00e7on harmonieuse la possibilit\u00e9 d\u2019improviser ou de d\u00e9velopper un th\u00e8me cr\u00e9atif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La culture unique des mughams s\u2019est enrichie sur le terreau fertile de la philosophie, de la musique et de la litt\u00e9rature. L\u2019interpr\u00e8te des mughams, lui, est souvent vu par les auditeurs comme porteurs d\u2019une magie ancestrale ou d\u2019un code archa\u00efque, devant se transmettre d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, permettant aux gens un acc\u00e8s \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle et une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les d\u00e9buts cr\u00e9atifs et l\u2019appropriation par les contemporains de cet h\u00e9ritage culturel des si\u00e8cles pass\u00e9s est toujours un myst\u00e8re. Aucun livre acad\u00e9mique ne permet cette transmission dans toutes les nuances de cet art vivant. Pourtant, dans chacune de leurs interpr\u00e9tations, les chanteurs de mughams sont capables de montrer toute la vie de cet arbre \u00e9ternellement vert, fait de musique et de po\u00e9sie. Car c\u2019est dans la po\u00e9sie classique azerba\u00efdjanaise que le mugham, en tant qu\u2019art musical, trouve toute sa profondeur all\u00e9gorique et symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ici, la langue d\u2019Esope est combin\u00e9e \u00e0 un sens mystique, le contexte de chaque ligne po\u00e9tique, son v\u00e9ritable sens ne se r\u00e9v\u00e9lant qu\u2019aux connaisseurs de la philosophie orientale, celui des symboles et de l\u2019all\u00e9gorie, capables, elles, de r\u00e9v\u00e9ler le sens cach\u00e9 aux non-initi\u00e9s. D\u00e8s l\u2019enfance, il y a chez tous les artistes de Mugham cette fascination pour cette forme de versification, largement r\u00e9pandue dans l\u2019\u00e9criture des ghazels (un genre de po\u00e8me azerba\u00efdjanais), la plus proche des exigences musicales des Mughams. Aucun interpr\u00e8te de Mugham ne peut vous dire combien de ghazels de diff\u00e9rents po\u00e8tes il conna\u00eet par c\u0153ur, mais quand il veut \u00e9voquer un th\u00e8me particulier, la m\u00e9moire convoque \u00e0 l\u2019esprit les lignes dont ils ont besoin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le mugham \u00e9tait et reste toujours une in\u00e9puisable source d\u2019inspiration pour les compositeurs azerba\u00efdjanais. Cr\u00e9\u00e9 sur la base des morceaux classiques, les mughams symphoniques connaissent un grand succ\u00e8s aupr\u00e8s des orchestres de nombreux pays, autant occidental et qu\u2019oriental. Le mugham conna\u00eet ainsi un large territoire d\u2019expansion et d\u2019explorations cr\u00e9atives pour les compositeurs contemporains. Les bons connaisseurs du genre pourront toujours en \u00absaisir\u00bb la filiation, m\u00eame si au premier regard, on est tr\u00e8s loin de la citation directe du mugham.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En Azerba\u00efdjan, l\u2019interpr\u00e9tation des mughams en solo est aussi r\u00e9pandue que les versions instrumentales. La composition des groupes de musiciens dans les mughams instrumentaux peut \u00eatre vari\u00e9e, et d\u2019apr\u00e8s la r\u00e8gle, elle est souvent moins grande que ce qui est requis pour l\u2019accompagnement. Cependant, parmi toute cette diversit\u00e9 et richesse d\u2019interpr\u00e9tation des mughams instrumentaux, le purisme du mughams se joue dans l\u2019interpr\u00e9tation en solo. L\u2019auditeur y est bien plus \u00e0 m\u00eame de percevoir la mystique du sufisme, le \u00abvoyage dans l\u2019astral\u00bb, dont elle se r\u00e9clame, allant \u00e0 l\u2019essentielde la m\u00e9ditation que permet la musique. Traditionnellement, les Azerba\u00efdjanais appellent les interpr\u00e8tes de mugham, \u00abkhanend\u00e9\u00bb, chanteurs. Son chant est habituellement accompagn\u00e9 par des musiciens. Ce groupe de musiciens jouant des instruments nationaux, peut \u00eatre diff\u00e9rent: du trio (tar, k\u00e9mantcha et def) jusqu\u2019\u00e0 un orchestre complet.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En Azerba\u00efdjan, il existe plusieurs grandes \u00e9coles formant ces chanteurs de Mugham. Bien que ce genre soit r\u00e9pandu dans toutes les r\u00e9gions du pays, les principaux centres cr\u00e9atifs, sont des \u00e9coles ind\u00e9pendantes, notamment \u00e0 Bakou, Chamakhi, Gandja, Nakhitchevan et Choucha. L\u2019\u00e9cole pr\u00e9sentant le plus d\u2019int\u00e9r\u00eat est celle du Karabakh \u00e0 Choucha.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les premiers enregistrements de mugham azerba\u00efdjanais ont commenc\u00e9 en 1902. Les pionniers en la mati\u00e8re \u00e9taient une compagnie anglaise du nom de \u00abGramophone\u00bb, une autre allemande \u00abSport &#8211; records\u00bb, ainsi qu\u2019une compagnie fran\u00e7aise \u00abPath\u00e9 &#8211; records\u00bb. Depuis 1913, ces entreprises avaient ouvert leurs bureaux permanents \u00e0 Riga, Moscou, Varsovie, Saint-P\u00e9tersbourg, Kiev, Tbilissi et Bakou. Les mughams azerba\u00efdjanais \u00e9taient \u00e9galement enregistr\u00e9s par des compagnies russes comme \u00abConcert records\u00bb, \u00abMonarch records\u00bb, \u00abExtraphone\u00bb, \u00abGramophone Records\u00bb, de m\u00eame qu\u2019une compagnie hongroise \u00abPremier records\u00bb. Un certain nombre d\u2019enregistrements de mughams azerba\u00efdjanais, aussi vieux que pr\u00e9cieux, ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 par l\u2019usine d\u2019Avril et l\u2019usine Noguipa lors de la p\u00e9riode sovi\u00e9tique du pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une grande partie des ces enregistrements sont conserv\u00e9s au sein des archives nationales d\u2019Azerba\u00efdjan. Un certain nombre de mughams font ainsi l\u2019objet d\u2019une culture mus\u00e9ale en Azerba\u00efdjan. D\u2019autres enregistrements tout aussi anciens sont aussi conserv\u00e9s au sein des archives nationales Britanniques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un excellent travail de restauration des enregistrements les plus anciens a \u00e9t\u00e9 fait enAzerba\u00efdjan. En particulier les disques du d\u00e9but du XX si\u00e8cle, lesquels ont \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9s et convertis au format num\u00e9rique. Enregistr\u00e9s en un seul exemplaire, ils n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre reproduit pour un usage commercial et la distribution.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les bouleversements politiques provoqu\u00e9s par la premi\u00e8re guerre mondiale, l\u2019effondrementde l\u2019empire russe et la cr\u00e9ation de l\u2019Union Sovi\u00e9tique (l\u2019URSS), ont amen\u00e9 le genre du mugham dans une crise profonde. L\u2019id\u00e9ologie sovi\u00e9tique le pr\u00e9sentait comme surann\u00e9, ou comme manifestation prol\u00e9tarienne \u00e9trang\u00e8re. M\u00eame le tar, instrument de premier plan dans l\u2019interpr\u00e9tation des mughams, n\u2019a pu \u00e9chapper \u00e0 cette \u00e9viction, ne subsistant que de mani\u00e8re souterraine par rapport \u00e0 la vie culturelle officielle. Cependant, la premi\u00e8re s\u00e9rie d\u2019enregistrements en studio des ma\u00eetres d\u2019arts de l\u2019\u00e9cole de Karabakh, \u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique, date des ann\u00e9es 30 et 50. On y entend les voix de Khan Chouchinski, Zulfi Adigoezelov, Se\u00efd Chouchinski, Aboulfat Aliyev,Mutallim Mutallimov, Yagoub Mammadov,Islam Rzayev, Arif Babayev, Murchoud Mammadov, Gadir Roustamov, Souleyman Abdoullayev. Un autre groupe d\u2019interpr\u00e8tes a acquis une reconnaissance tardive \u00e0 la fin du XX si\u00e8cle, pr\u00e9sentant des enregistrements de Vahid Abdoullayev, Sakhavat Mammadov, Zahid Gouliyev, Garakhan Beyboudov, Mansoum Ibrahimov, Sabir Abdoullayev, Fehruz Mammadov.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On dit que le peuple doit se pr\u00e9parer pendant des si\u00e8cles \u00e0 la reconnaissance d\u2019un grand talent. Les berceuses qu\u2019il \u00e9coute, les contes qu\u2019il entend lui apprenant \u00e0 distinguer le bien et le mal, les chansons l\u2019initiant au patrimoine musical h\u00e9rit\u00e9 de leurs anc\u00eatres, convergent vers l\u2019av\u00e8nement de ce moment et la comm\u00e9moration du jour de sa naissance. Si l\u2019\u00e9poque voyant na\u00eetre ce grand talent n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 l\u2019accepter, il peut, non seulement, ne pas se r\u00e9aliser, mais \u00e9galement, \u00eatre en souffrance jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Aussi, le destin a-t-il \u00e9t\u00e9 favorable aux chanteurs de mughams du Karabakh. Ils y sont n\u00e9s, dans un contexte pr\u00eat \u00e0 les appr\u00e9cier et \u00e0 les admirer, comme il se doit pour tout talent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le fait m\u00eame d\u2019\u00eatre n\u00e9 au Karabakh a pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 leur vie, l\u00e0 o\u00f9 presque tout le monde chantait, appr\u00e9ciait les valeurs d\u2019une voix talentueuse et musicale. Chacun d\u2019eux, sans que cela d\u00e9pende du fait qu\u2019il soit n\u00e9 en haut ou en bas Karabakh, \u00e0 Choucha ou \u00e0 Agdam, \u00e9tait pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre un connaisseur ou un chanteur de mugham, chantant autant les chansons populaires folkloriques, que formant le go\u00fbt du public \u00e0 ce genre de musique, cr\u00e9ant ce milieu des ma\u00eetres du mughams, objet de culte et de v\u00e9n\u00e9ration particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>On dit que le mugham fa\u00e7onne l\u2019\u00e2me de l\u2019\u00eatre humain. A Karabakh, il s\u2019agissait d\u2019un processus de r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0 avec la nature, elle-m\u00eame formant les \u00e2mes \u00e0 une certaine r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 toutes les beaut\u00e9s, notamment celle de la musique<\/strong>. En d\u00e9veloppant cette culture, les repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9cole de Karabakh ont pour ainsi dire travaill\u00e9 sur l\u2019esprit m\u00eame de leurs compatriotes. La beaut\u00e9, l\u2019harmonie, le calme, qualit\u00e9s cultiv\u00e9es pendant des ann\u00e9es en Haut-Karabakh, elles-m\u00eames issues de l\u2019environnement naturel, se manifestaient \u00e9galement dans la culture musicale comme dans le miroir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La majorit\u00e9 des chanteurs de mughams du Karabakh sont n\u00e9s \u00e0 Choucha, ville \u00e0 l\u2019image de forteresse imp\u00e9n\u00e9trable, citadelle morale, mais tout autant, reliques culturelles sacr\u00e9 de tout un peuple, leitmotivs \u00e9ternels s\u2019incarnant dans la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Choucha \u00e9tait connue de chacun de ses citoyens, notamment gr\u00e2ce aux chroniques existantes racontant l\u2019histoire du Karabakh: \u00abLes r\u00e9cits po\u00e9tiques sur le Karabakh\u00bb (\u2018<em>Karabagnameler\u2019<\/em> en azerba\u00efdjanais). Ce n\u2019\u00e9taient pas pour eux, une \u0153uvre manuscrite, mais une partie int\u00e9grante de leur vie d\u2018hier et d\u2019aujourd\u2019hui. De nombreux \u00e9pisodes d\u2019histoire y sont relat\u00e9s, et se transmette oralement d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, en conservant les moindres d\u00e9tails des \u00e9v\u00e8nements et des lieux. \u2018<em>Karabagnameler\u2019<\/em> est l\u2019histoire vivante, pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit au quotidien et dans les monuments architecturaux, la r\u00e9alit\u00e9 devenant le point de convergence o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 historique pass\u00e9e et pr\u00e9sente se m\u00e9lange dans un tout harmonieux. Ainsi, l\u2019histoire et la nature de cette r\u00e9gionont donn\u00e9 lieu au principal sujet de l\u2019\u00e9cole de mugham du Karabakh. Le grand mugham dont le titre est \u00abKarabakh chikastasi\u00bb en est la manifestation propre aux chanteurs du Karabakh.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Choucha a donn\u00e9 au monde de nombreux musiciens dont la majeure partie porte le surnom de Chouchinois, et ceci en conformit\u00e9 avec la phrase du po\u00e8te Esenin: \u00abSi ce n\u2019est pas un po\u00e8te, il n\u2019est pas d\u2019originaire de Chiraz, et si ce n\u2019est pas un chanteur, il n\u2019est pas originaire de Choucha\u00bb.<\/strong> Tant de chanteurs, interpr\u00e8tes, compositeurs, musicologues connus venant de Choucha, qu\u2019on pourrait en faire une encyclop\u00e9die des arts les r\u00e9pertoriant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A vrai dire, Choucha a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le Conservatoire de l\u2019Orient. La ville a connu un afflux constant de m\u00e9lomanes, de chanteurs c\u00e9l\u00e8bres, d\u2019\u00e9tudiants ou d\u2019amateurs. Cette ville n\u2019\u00e9tait pas connue que des musiciens. Le nom de Choucha est le fruit de facteurs, d\u2019actes et de paroles multiples pour cr\u00e9er ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Combien de gens merveilleuxexer\u00e7antdes m\u00e9tiers aussi divers que vari\u00e9s sont n\u00e9s ici, dans cette ville, et qui ont fabriqu\u00e9 leur instrument de leurs propres mains, ont construit de grandes salles de repr\u00e9sentations, \u00e9crit de magnifiques po\u00e8mes, compos\u00e9 des chansons. L\u2019atmosph\u00e8re de cette ville a aussi \u00e9t\u00e9 merveilleusement rendue dans le livre d\u2019Alexandre Dumas o\u00f9 il parle de son voyage au Caucase et de Natavan, une po\u00e9tesse azerba\u00efdjanaise souveraine du Karabakh.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour la nature. Les sources pures, transparentes comme le cristal ont acquis une m\u00eame c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. L\u2019une est particuli\u00e8rement connue, la source Issa, dit \u00abIsa bulaq\u00bb en azerba\u00efdjanais assimil\u00e9e par la plupart comme le symbole de Choucha. Les montagnes y sont aussi d\u2019une beaut\u00e9 splendide, formant un plateau magnifique, cr\u00e9ant une acoustique naturelle pour jouer \u00e0 ciel ouvert. Ce cadre rocheux de \u00abDjidir Duzu\u00bb a vu et entendu de nombreux de chanteurs aussi c\u00e9l\u00e8bres que brillants. M\u00eame l\u2019espi\u00e8glerie des petits gar\u00e7ons de Choucha, o\u00f9 ils sont omnipr\u00e9sents, n\u2019a pas manqu\u00e9 de profiter de ce miracle de la nature. Leurs voix sonores apprenant \u00e0 peine l\u2019alphabet, s\u2019y exercent d\u00e9j\u00e0 au mugham, dont l\u2019\u00e9cho des montagnes fait croire \u00e0 un ch\u0153ur de jeunes chanteurs. Une telle polyphonie faite du bruissement des arbres, des sources, et du chant des oiseaux ne pouvait trouver son pareil que dans la fantaisie des enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1987, a eu lieu un festival international de mugham dont le titre \u00e9tait \u00ab<em>Kharibulbul<\/em>\u00bb. Ce festival \u00e9tait nomm\u00e9 ainsi du nom d\u2019une fleur unique n\u2019existant que dans ces montagnes. Ce festival a mis dans la lumi\u00e8re une constellation de jeunes talents. Mais l\u2019occupation de la ville de Choucha par les arm\u00e9niens en 1992 a transform\u00e9 chacun de ces talents, ces \u00e9toiles du mugham, en r\u00e9fugi\u00e9. Aujourd\u2019hui, notamment, dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s des laur\u00e9ats de ce festival, ils vous diront avec nostalgie et tristesse qu\u2019apr\u00e8s ces jours noirs d\u2019exile, ils ne chantent plus. \u00abNous, le peuple de montagne, ne pouvons pas vivre et chanter dans la plaine. Notre \u00e2me est rest\u00e9e l\u00e0-bas, \u00e0 Choucha. Sans ruisseaux des montagnes et sans sources, sans air pur venant des sommets, sans les cris des oiseaux de Djidir Duzu, comment chanterions-nous\u00bb? Y a-t-il une r\u00e9ponse? On ne peut que frissonner \u00e0 cette id\u00e9e d\u2019impuissance, alors que la perception du monde des \u00e2mes et des c\u0153urs de ses enfants est si profonde.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 une loi tacite, les r\u00e9unions musicales, dites medjlis, \u00e0 Choucha se subdivisaient en plusieurs niveaux. Les r\u00e9unions musicales du premier niveau \u00e9taient celles de Choucha o\u00f9 \u00e9taient invit\u00e9s les musiciens professionnelles et o\u00f9 l\u2019aristocratie \u00e9tait pr\u00e9sente. Ce qui \u00e9tait le plus appr\u00e9ci\u00e9 \u00e9tait que le chanteur interpr\u00e8te des po\u00e8mes in\u00e9dits, peu importe s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s dans des ressourcesmanuscrites ou bien \u00e9crit par des po\u00e8tes plus modernes, les exigences n\u2019\u00e9tant li\u00e9es qu\u2019\u00e0 la qualit\u00e9 des po\u00e8mes. Par contre, les m\u00e9lodies entra\u00eenantes n\u2019\u00e9taient jamais accept\u00e9es, le mugham devant s\u2019\u00e9couter dans toutes ses nuances et ses passages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9unions musicales du second rang n\u2019\u00e9taient plus pour les meilleurs chanteurs. Ils y interpr\u00e9taient aussi des mughams, mais apr\u00e8s deux heures, il \u00e9tait permis de chanter une chanson populaire plus quelconque, et il \u00e9tait permis de danser ensemble.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me classe des r\u00e9unions musicales se composait de personnes souhaitants\u2019amuser, se divertir. Les r\u00e9unions de divertissements n\u2019avaient pas de place pour la musique s\u00e9rieuse, et au contraire on y entendait beaucoup de chansons gaies. Un chanteur de mughams digne de ce nom, ne fr\u00e9quentait pas ce genre de r\u00e9unions. Elles se destinaient davantage aux mariages. On y entendait des chansons m\u00e9lodiques, au rythme rapide, et on y dansait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une telle classification a permis aux musiciens de garder leur niveau de performance pendant de nombreuses ann\u00e9es, notamment gr\u00e2ce aux exigences de la premi\u00e8re classe, et de m\u00eame pour les auditeurs dans la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute requise. En r\u00e9alit\u00e9, ces r\u00e9unions de connaisseurs de mugham a permis au genre lui-m\u00eame de s\u2019am\u00e9liorer et de se d\u00e9velopper, de faire \u00e9voluer tous ses canons tout en restant une forme vivante de l\u2019art populaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Choucha est devenu c\u00e9l\u00e8bre gr\u00e2ce \u00e0 ces r\u00e9unions \u2018medjlis\u2019 de premi\u00e8re classe et lui a valu le surnom de conservatoire de l\u2019Orient. Ce n\u2019est pas par hasard qu\u2019il existe un tel proverbe en azerba\u00efdjanais \u00ab A Choucha, les enfants pleurent sur le th\u00e8me du mugham de \u00abSegah\u00bb, mais ils rient aussi sur celui de \u00abShahnaz\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX si\u00e8cle, l\u2019\u00e9crivain Abdurrahimbey Hagverdiyev disait que si vous rencontrez un jour des musiciens \u00e0 Bakou, \u00e0 Chamakhi, \u00e0 Achgabat, \u00e0 Teheran ou \u00e0 Istanbul, vous trouverez forc\u00e9ment parmi eux des musiciens de Choucha. Ils faisaient la renomm\u00e9e de ce style de musique dans tout l\u2019Orient, et de tous c\u00f4t\u00e9s, il y avait un afflux de chanteurs \u00e0 Choucha souhaitant l\u2019acqu\u00e9rir. Au fil des ann\u00e9es, lorsqu\u2019ils sont devenus de glorieux chanteurs, ils ne citaient que les voix de Hadji Hussi, Sadigdjan, Mirza Mukhtar, Djabbar Garyagdioglou ou toutes autres personnalit\u00e9s du mugham du Karabakh.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier boom p\u00e9trolier en Azerba\u00efdjan a eu une grande influence sur le d\u00e9veloppement de l\u2019art du mugham. Organis\u00e9 par des m\u00e9c\u00e8nes issu de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re \u00e0 Bakou, \u00abLes soir\u00e9es Orientales\u00bb ont eu \u00e9norm\u00e9ment de succ\u00e8s. Les interpr\u00e9tations des repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9cole de mugham du Karabakh, organis\u00e9es dans diff\u00e9rentes villes d\u2019Azerba\u00efdjan, en particulier, \u00e0 Bakou sont devenues des \u00e9v\u00e9nements phare dans la vie musicale de ces ann\u00e9es-l\u00e0. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9poque de ces \u00abSoir\u00e9es orientales\u00bb qu\u2019a commenc\u00e9 une \u00e8re de transformation de ces r\u00e9unions musicales traditionnelles, rassemblant aussi bien les vrais amateurs que les moins initi\u00e9s, au sein de concerts dont le succ\u00e8s refl\u00e9tait l\u2019importance de cet art et de cette culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si bien qu\u2019en cette fin du XX si\u00e8cle, l\u2019\u00e9cole de mugham du Karabakh aura offert au monde musical de nombreux brillants musiciens. Entre-temps, le conflit du Haut-Karabakh a emp\u00each\u00e9 la succession des g\u00e9n\u00e9rations de chanteurs de mughams suivante. <strong>On dit que les muses gardent le silence lorsque les canons parlent. Les chanteurs de mughams de Karabakh ne se taisent pas, ils chantent. Mais dans leurs chansons, aujourd\u2019hui, on entend leurs douleurs, leurs chagrins et leurs souffrances. Comme le c\u00e9l\u00e8bre chanteur Djabbar Garyagdioglou avait chant\u00e9 autrefois: \u00abM\u00eame si je suis au paradis, \u00e0 quoi me sert-il sans le Karabakh\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le monde se globalise, et il s\u2019y d\u00e9roule des changements incommensurables \u00e0 une vitesse inou\u00efe. La mobilit\u00e9 des flots de population qui n\u2019existaient pas avant, la possibilit\u00e9 de transmettre les informations quasiinstantan\u00e9ment, les nouvelles technologies changeant la physionomie du monde, tout cela se d\u00e9roule sur un fond de croissance en berne, de menace terroriste et de catastrophes naturelles. Dans un monde soumis \u00e0 de telles tensions, l\u2019\u00eatre humain est semblable \u00e0 un escarpement de faille. Ni les philosophies vantant la globalisation, ni celles pr\u00f4nant le contraire, ni m\u00eame les arrangements et pourparlers suite au choc des civilisations, ne lui rendront l\u2019harmonie perdue. Dans cette \u00e9poque tourment\u00e9e, nous devons ensemble construire les bases de notre \u00e9volution future, \u00e9troitement li\u00e9s au paradigme de la tradition. C\u2019est seulement par la conservation des arch\u00e9types archa\u00efques de chaque civilisation, la culture de chaque peuple, que nous pouvons arriver \u00e0 une diversit\u00e9 culturelle, un monde o\u00f9 il serait possible de se prot\u00e9ger gr\u00e2ce \u00e0 la force des traditions. La Convention de l\u2019UNESCO va dans ce sens, vers une conservation des h\u00e9ritages et patrimoines oraux et immat\u00e9riels.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Mehriban Aliyeva, <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Ambassadrice de bonne volont\u00e9 de l\u2019UNESCO <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Pr\u00e9sidente de la Fondation Heydar Aliyev<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Revue \u201c\u0130rs-H\u00e9ritage\u201d, \u2116 1, 2011, s.24-29<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Mugham azerba\u00efdjanais a une valeur exceptionnelle, reconnu par l\u2019UNESCO parmi les chefs-d\u2019\u0153uvre culturel du patrimoine oral et immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9. En Azerba\u00efdjan m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 le mugham est consid\u00e9r\u00e9 comme partie int\u00e9grante et fondamentale des valeurs culturelles du peuple, cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 accueillie avec ferveur comme la reconnaissance des artistes interpr\u00e8tes de ce &hellip; <a href=\"https:\/\/1905.az\/fr\/ecole-de-mugham-du-karabakh\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Ecole de Mugham du Karabakh<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":111723,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1199],"tags":[],"class_list":["post-111767","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heritage-9"],"fimg_url":"https:\/\/1905.az\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/qarabah-muqam-mektebi.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111767"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111767\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/111723"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/1905.az\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}